Dépassement de terme : comprendre, anticiper et faire un choix éclairé
- floriane
- 18 janv.
- 6 min de lecture
Le dépassement de terme est une situation fréquente en fin de grossesse, mais souvent mal comprise. Entre discours anxiogènes, protocoles standardisés et manque de temps pour expliquer, de nombreuses femmes se retrouvent à devoir décider rapidement, sans toujours disposer de toutes les informations.
L’objectif de cet article n’est ni de promouvoir ni de déconseiller un déclenchement, mais de t’apporter des repères clairs, fiables et sourcés, afin que tu puisses échanger avec ton équipe médicale et faire un choix éclairé, en conscience.
Qu’appelle-t-on exactement « dépassement de terme » ?
On distingue plusieurs notions importantes :
Une grossesse est dite à terme entre 37 et 41 semaines d’aménorrhée (SA).
À partir de 41+0 SA, on parle de grossesse prolongée.
Le dépassement de terme est défini médicalement à partir de 42+0 SA.
Cette distinction n’est pas anodine : elle correspond à des données cliniques montrant que certains risques augmentent progressivement avec l’avancée de la grossesse, surtout après 42 semaines.
Comment est calculée la date prévue d’accouchement (DPA) ?
La fiabilité de la date de terme est centrale dans toute discussion sur le dépassement de terme.
La méthode la plus fiable reste l’échographie du premier trimestre, qui permet une datation précise.
Une DPA calculée uniquement à partir de la date des dernières règles peut être moins exacte, notamment en cas de cycles irréguliers.
Une datation imprécise peut conduire à parler de « dépassement de terme » alors que la grossesse ne l’est peut-être pas réellement.
Pourquoi le dépassement de terme fait-il l’objet d’une surveillance particulière ?
Les risques potentiels pour le bébé
Les études montrent une augmentation progressive de certains risques lorsque la grossesse se prolonge, notamment :
Diminution de la fonction placentaire avec le temps
Baisse du liquide amniotique (oligoamnios)
Augmentation du risque de macrosomie (bébé de grand poids)
Augmentation du risque de mort fœtale in utero, particulièrement après 42 semaines
Ces risques restent globalement faibles, mais ils augmentent avec l’avancée du terme, ce qui justifie une vigilance médicale.
Les risques potentiels pour la mère
Pour la mère, une grossesse très prolongée peut être associée à :
Un risque plus élevé de césarienne
Des travaux plus longs ou plus difficiles
Une augmentation du risque d’hémorragie du post-partum
Il est important de comprendre que le risque n’est pas le même à 41+1 SA qu’à 42+5 SA : la notion de temps est déterminante.
Que recommandent les autorités de santé, notamment l’OMS ?
L’Organisation mondiale de la Santé adopte une position mesurée et centrée sur la réduction des risques évitables.
Recommandations clés de l’OMS
L’OMS reconnaît que la poursuite de la grossesse au-delà de 41 semaines est associée à une augmentation du risque périnatal.
Elle recommande que l’induction du travail soit proposée à partir de 41 semaines, notamment avant 42 semaines, afin de réduire les risques de mortalité périnatale.
L’OMS insiste sur le fait que l’induction doit être proposée, et non imposée, et que la femme doit recevoir une information claire, complète et compréhensible.
Ces recommandations rejoignent celles d’autres instances internationales (NICE, FIGO), tout en rappelant un principe fondamental : le consentement éclairé.
Quelles sont les options possibles à partir de 41 semaines ?
1. La surveillance médicale renforcée
Dans certaines situations, il est possible de proposer une attente surveillée, avec :
Monitoring fœtal régulier
Échographies pour contrôler le liquide amniotique
Évaluation clinique fréquente
Cette option dépend du contexte médical, de l’état du bébé, de celui de la mère, et de l’organisation de la maternité.
2. Le déclenchement du travail
Le déclenchement peut être proposé entre 41+0 et 42+0 SA, selon les protocoles locaux.
Il peut inclure :
Décollement des membranes
Méthodes médicamenteuses
Méthodes mécaniques
Chaque méthode a ses bénéfices, ses contraintes et ses effets secondaires possibles, qui doivent être expliqués.
Choisir en conscience : ce que cela signifie concrètement
Faire un choix éclairé ne signifie pas « refuser » ou « accepter » par principe. Cela signifie :
Comprendre les risques réels, et non ceux perçus ou exagérés
Savoir ce qui est recommandé, ce qui est possible, et ce qui est optionnel
Pouvoir poser des questions sans pression
Être actrice de la décision, même dans un cadre médicalisé
Tu as le droit de demander :
Pourquoi cette option est proposée dans ton cas précis
Quelles sont les alternatives
Ce que cela implique concrètement pour toi et ton bébé
Écouter son corps et ses ressentis : une donnée à part entière dans la décision
Au-delà des chiffres, des protocoles et des recommandations, il existe une dimension souvent peu abordée : le ressenti de la femme enceinte.
S’écouter ne signifie pas ignorer la médecine. Cela signifie s’inclure dans l’équation.
Certaines femmes décrivent un sentiment de calme, de confiance, l’impression que « tout va bien », malgré un terme dépassé. D’autres ressentent au contraire une inquiétude diffuse, une fatigue intense, un doute qui s’installe.
Ces questions sont légitimes et utiles :
Comment je me sens aujourd’hui, physiquement et émotionnellement ?
Est-ce que je me sens en sécurité dans mon corps ?
Est-ce que je perçois un changement, un inconfort, une alerte intérieure ?
Est-ce que j’ai un doute que je n’ose pas exprimer ?
Est-ce que je me sens pressée ou soutenue dans la décision que l’on me propose ?
Le ressenti n’est pas un outil de diagnostic, mais il peut être un signal.Lorsqu’il est mis en dialogue avec les données médicales et les examens de surveillance, il permet souvent de clarifier une décision.
Dans un contexte de dépassement de terme, prendre le temps d’écouter son corps et son bébé — tout en restant en lien étroit avec l’équipe médicale — peut aider à sortir d’un choix subi pour aller vers un choix réellement conscient.
FAQ — questions fréquentes sur le dépassement de terme
Est-ce grave de dépasser la date prévue d’accouchement ?
Non. La majorité des femmes n’accouchent pas exactement le jour de la DPA. Le terme prolongé (au delà de 41SA concerne entre 15 et 20% des femmes). Le dépassement de terme (au delà de 42SA concerne environ 1% des femmes).
Peut-on refuser un déclenchement ?
Oui. En France, aucun acte médical ne peut être pratiqué sans consentement malgré que parfois on a l'impression de ne pas avoir le choix. En revanche, il est essentiel que ce refus soit éclairé, après une information complète.
La surveillance peut-elle remplacer un déclenchement ?
Dans certains cas, oui, temporairement. Mais la surveillance ne supprime pas les risques liés au temps qui passe ; elle permet surtout de les détecter plus tôt.
Marcher, faire l’amour ou stimuler les mamelons peut-il déclencher le travail ?
Ces méthodes sont parfois évoquées, mais leur efficacité n’est pas scientifiquement démontrée de manière fiable. Elles ne remplacent pas une prise de décision médicale en cas de dépassement de terme.
Pourquoi certaines maternités déclenchent plus tôt que d’autres ?
Les protocoles varient selon les établissements, les recommandations suivies et les ressources disponibles. Cela explique des pratiques parfois différentes pour une même situation. Il peut donc être intéressant, lorsque vous choisissez votre future maternité de poser la question concernant le délai laissé après le terme avant d'envisager un déclenchement.
Accompagnement et soutien autour du dépassement de terme à Poitiers
Se sentir informée ne suffit pas toujours à se sentir sereine. Le dépassement de terme est souvent un moment de forte charge émotionnelle : pression du calendrier, fatigue de la fin de grossesse, discours parfois contradictoires, peur de “mal choisir”.
En tant qu’accompagnante à la grossesse et à la naissance à Poitiers, j’accompagne les femmes qui souhaitent :
comprendre les enjeux médicaux du dépassement de terme,
préparer leurs rendez-vous et poser les bonnes questions,
clarifier leurs ressentis et leurs doutes,
retrouver une place active dans les décisions proposées,
vivre cette fin de grossesse avec plus de confiance et moins de pression.
Cet accompagnement ne remplace pas le suivi médical. Il vient en complément, pour t’aider à faire le tri entre informations, émotions et injonctions, et à faire des choix qui te ressemblent, dans le respect de ton corps, de ton bébé et du cadre médical.
📍 Accompagnement grossesse et naissance à Poitiers et alentours (Vienne – 86)
👉 En cabinet ou en accompagnement individuel, selon tes besoins.
Le dépassement de terme n’est pas le moment de t’effacer. C’est souvent le moment où tu as le plus besoin d’être soutenue, écoutée et informée.
Je t’accompagne pour rester actrice de tes décisions, même à la maternité.
En conclusion
Le dépassement de terme n’est ni une urgence automatique, ni une situation anodine. C’est un moment charnière, où les données scientifiques, les recommandations internationales et la situation individuelle doivent être mises en dialogue.
S’informer, poser des questions et comprendre les enjeux permet de reprendre une place active dans les décisions, même dans un cadre médical.
Faire un choix éclairé, ce n’est pas aller contre la médecine : c’est faire avec elle, en conscience.


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